Auteur : Sandrine MATHON, WEMBLA Conseil

Je donne des cours à l'IUT et à l'Université de Montpellier depuis 2008. Je fais des formations à l'agile et à la gestion de projets en entreprise ou collectivité depuis à peu près autant de temps.

J'ai bien senti que ma pratique évoluait au fil du temps, de même que ma propre perception de l'agilité. 

Mes derniers étudiants m'ont enfin permis de formaliser cette évolution : ma manière de former est devenue de plus en plus Agile!

J'entends d'ici les exclamations ironiques : "Pendant tout ce temps, elle donnait des cours sur l'Agile sans le faire de façon agile!" "Il serait temps de s'en rendre compte!". Eh bien, oui. Ma pratique de l'agilité et ma maturité (intellectuelle!) évoluent chaque jour..

Depuis longtemps, mes cours progressent en permanence, s'ajustent en fonction de l'efficacité des séquences, rendent les élèves acteurs de leur formation. Mais jamais je ne n'avais pris le temps de me poser pour formaliser cette évolution. 

Alors, qu'est-ce qu'une formation à ma sauce agile?

1- Une formation tournée "besoins des stagiaires"

Vous me direz : "une formation doit toujours être définie en fonction des besoins des stagiaires".

En effet, les bonnes pratiques de la formation veulent qu'on interroge le client sur les objectifs professionnels des stagiaires et sur les objectifs pédagogiques de la formation.

Mais cette interrogation a lieu avant la formation, à un moment où les stagiaires ne savent pas forcément à quoi s'attendre, et s'adresse parfois à un commanditaire qui n'est pas lui-même stagiaire. La réponse est souvent vague, ou générique, et ne permet pas toujours de véritablement personnaliser le programme de formation. Enfin, la demande est souvent basée sur des programmes de formation qu'ils ont vus ailleurs, donc formulée avec des demandes de modules (=solution) plutôt qu'une véritable expression du besoin. 

Dans la pratique, j'organise, au démarrage de la formation et sous forme d'inclusion, un recueil des besoins/envies/demandes sur post-its. L'instruction est de se projeter sur leur pratique professionnelle, en utilisant "je" ou "nous" (Ex : j'arrive à écrire le cahier des charges de mon nouveau projet, nous gérons mieux notre client...) et pas sur un contenu (Ex : l'analyse du besoin, la relation client...). 

Les stagiaires deviennent acteurs de leur formation et s'impliquent beaucoup plus dans son déroulement. La formation prend un SENS pour eux. Même ceux qui arrivaient sans véritable motivation ("je suis là parce qu'on m'a dit de venir") se mettent à s'intéresser à ce qui se passe.

Dans le cas de l'enseignement, l'objectif peut être un transfert de savoir, sans attente particulière de l'étudiant. Dans ce cas, le recueil de leur envies se fait pour la dernière demi-journée, sous forme de choix entre plusieurs modules que je leur propose et qu'ils classent par priorité pour eux. 

2- Une évaluation permanente et une formation qui s'ajuste au fur et à mesure de son avancement

Les post-its sont passés en revue à la fin de chaque demi-journée, ce qui permet de faire un point sur ce qui a été couvert, et ce qui n'a pas encore été (complètement) couvert. 

Le contenu de la formation, défini de façon modulaire, peut être ajusté en fonction des priorités choisies par le groupe, sans toutefois perdre de vue les objectifs professionnels. Il m'arrive très souvent d'improviser une nouvelle approche pédagogique, en fonction du contexte et des (nouvelles) demandes du groupe. Je saisis aussi au vol les exemples cités par les stagiaires pour les exploiter (les exemples, pas les stagiaires). 

3- Une formation qui fait la part belle au collectif

Comment faire comprendre l'agile en faisant une formation "top-down" où le formateur tout puissant gave les stagiaires de ses connaissances? L'idée que la progression vienne du groupe lui-même est particulièrement séduisante. En plus des post-its, qui sont une bonne base de discussion entre les stagiaires, chaque séquence est l'occasion de se ramener aux cas pratiques qui les préoccupent, et de discuter entre eux de ce qui pourrait être mis en place, ou d'orienter le format de la suite de la formation. 

Cette pratique est bien entendu plus facile à mettre en oeuvre en intra-entreprise qu'en inter, souvent pour des raisons de confidentialité, mais il est surprenant de constater la puissance d'un groupe, même d'entreprises différentes, pour aboutir à des idées de solutions créatives. 

4- Un usage des jeux ... à bon escient

La puissance du jeu pour créer du liant entre les participants et pour faire "ressentir" des points difficiles à expliquer avec des mots n'est plus à prouver. 

Le jeu est bien perçu en formation continue, et, curieusement, surprend parfois beaucoup plus en formation initiale. 

Attention toutefois avec le jeu : son usage doit être fait en toute conscience. Certains jeux servent à créer un esprit d'équipe, d'autres à faire vivre et comprendre des situations ou des notions, d'autres tout simplement à réveiller physiquement et mentalement les participants (les "icebreakers" notamment). Mais le sens et l'objectif du jeu doivent être clairs et exprimés. 

Où est la Révolution?!

Vous qui venez de lire cet article, vous êtes en train de vous dire : "mais ça, c'est tout simplement la description de ce que doit faire un bon formateur à l'écoute de ses stagiaires".

En effet, de la même façon que l'Agile est une manière de gérer les projets pleine de bon sens, la théorie n'est pas révolutionnaire. Tout est dans l'esprit et dans la mise en oeuvre, qui demande une rigueur et une attention de tous les instants, et une capacité de remise en question et d'adaptation permanente. 

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